Le 09 mars 2008 à 17h00, la touche «municipales » de l'ordinateur de vote de l'un des 16 bureaux de Sèvres a cessé de fonctionner, obligeant ses membres à trouver une solution de rechange in-extremis. Face aux déboires rencontrés lors de la dernière élection présidentielle, bon nombre de communes ont préféré s'abstenir de retenter l'expérience. Et pourtant, le processus démocratique souffre, dit-on, d'un certain archaïsme.
Démocratie et informatique sont-ils faits pour s'entendre ?
L'idée paraissait très intéressante au début mais c'était sans compter les défaillances techniques du système. Les dernières élections présidentielles ont suscité de nombreuses interrogations lorsque ces ordinateurs de vote, qualifiés de « titaniquement » fiables, ont révélé des bugs techniques mineurs laissant présager le pire. En Belgique par exemple, 4 000 voix ont disparu de l'ordinateur de vote et n'ont jamais pu être comptabilisées.
L'autre danger réside également dans les risques de hacking ou de subtilisation de données, car qui dit enjeux dit envieux !
La CNIL a adopté le 1er juillet 2003 une recommandation relative à la sécurité des systèmes de vote électronique sur place ou à distance.
Les systèmes de vote électronique nécessitent l'utilisation de fichiers nominatifs comme le demande la loi du 06 janvier 1978. Ces fichiers doivent nécessairement être déclarés auprès de la CNIL.
Afin de préserver l'anonymat de l'électeur, il s'agit donc « d'opter pour une séparation des données nominatives de l'électeur et du fichier des votes sur des systèmes informatiques distincts ».
Les détracteurs fustigent également le manque de transparence nécessaire à tout processus démocratique lorsqu'arrive le dépouillement. En effet, les données ne peuvent pas être visuellement contrôlées puisqu'elles sont intégrées au système de contenu. Comment alors s'assurer que tout est transparent ?
En France, le contenu de la machine de vote est breveté. Utiliser ce logiciel rassure puisque son brevet atteste son unicité. Mais qui dit brevet dit demande d'autorisation d'accès aux données, ce qui ne fait pas bon ménage avec un processus qui se veut démocratique. On pourrait donc se tourner vers les logiciels libres ou sous licence GNU mais là encore, il y a un hic : le code source est disponible pour tout le monde ce qui pose des problèmes de sécurité.
Mais c'est avant tout dans la pratique du vote électronique que les réticences sont les plus vives : à l'instar des files d'attente des caisses automatiques de certains supermarchés, les files d'attente se font de plus en plus longues dans les bureaux de vote. Il est vrai que la prise en main et l'interface de ces machines à voter peuvent en déstabiliser plus d'un.
Le vote par téléphone, fixe ou mobile, le vote à distance sur ordinateur personnel ou par wi-fi sont d'autres possibilités pour l'instant toujours à l'étude. Mais la CNIL avoue elle-même que la mise en oeuvre de ce type de vote dans les conditions actuelles ne répondrait pas aux exigences de sécurité.